Affaire Fillon : la presse locale au cœur de l’actualité nationale

Plusieurs hebdomadaires régionaux ont reçu fin avril, une réquisition du Pôle financier de Paris. La juridiction réclame des archives évoquant la présence de Penelope Fillon dans la Sarthe. Une requête qui surprend.

24h après sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle, François Fillon voit ses affaires le rattraper jusque dans son fief. Mardi 25 avril, plusieurs hebdomadaires sarthois du groupe Publihebdos ont reçu une réquisition du juge Serge Tournaire, vice-président chargé de l’instruction au Pôle financier de Paris.

Dans le cadre de l’enquête visant le couple Fillon et Marc Joulaud, maire de Sablé-sur-Sarthe, le magistrat demande aux journaux concernés de lui fournir « tout article publié évoquant Mme Penelope Fillon, notamment tout article relatant sa participation à des événements locaux (inaugurations, cérémonies officielles, visites d’hôpitaux, etc) publié entre 1998 et 2016. »

En clair, il s’agit de collecter des informations attestant de la présence sur le terrain de Mme Fillon, à l’époque où elle était sous contrat d’assistante parlementaire. Soit vérifier environ vingt ans d’archives par journal ! Un travail titanesque.


 

— Gaël Arcuset (@GaelArcuset) April 27, 2017

Une surprenante réclamation

En raison de la tâche demandée, Publihebdos n’a pas donné suite à cette réquisition. « Ce n’est pas notre travail », estime Julie Hurisse, rédactrice en chef des Nouvelles de Sablé, l’un des hebdomadaires concernés. Selon une tribune publiée sur le site Actu.fr, le groupe précise « ne pas avoir les moyens de mener ces recherches colossales et être dans l’incapacité de fournir ces éventuels articles. »

Par un communiqué paru  dans cette même tribune, la société fait savoir au juge Tournaire qu’il y a « un dépôt légal et nous répondons à nos obligations en déposant auprès de la BNF* toutes nos parutions. Nos journaux y sont archivés (…) et à la disposition du juge. » 

Francis Gaunand, président du directoire de Publihebdos et directeur de publication, y ajoute que « ce type de demande est une première car elle porte sur une période extrêmement longue et sur plusieurs journaux. Il est surprenant que l’on demande aux éditeurs de réaliser pour le compte d’un juge (…) une revue de presse sur dix-huit années de vie locale. Nous ne sommes pas des auxiliaires de justice. ». 

Clémence d’Halluin

* Bibliothèque Nationale de France